Anne, Jemma el Fna, dimanche 1er juin

mardi 22 avril 2008

Casablanca, chambre numéro 1



Le temps s'est encore arrêté à Marrakech... Yassin, mon assistant, a fini samedi de digitaliser et classer tous les sons du films mais nous avons un problème pour rentrer les images dans l'ordinateur, qui ne sera résolu que demain avec l'arrivée d'une station de montage toute neuve... Du coup je pense commencer à vraiment m'y mettre vendredi ou samedi.

La semaine dernière, Fouad, le producteur, m'a trouvé du travail ! Je n'étais pas mécontent de me remettre au turbin. Même si le travail est loin d'être passionnant ça me permet de rétrécir le temps qui me sépare du début du montage. Je me suis donc occupé du sous-titrage en français d'un court-métrage tourné en arabe. Je vous rassure, j'avais une version qu'il m'a fallu améliorer j'ai pas dû tout traduire ! Et ce qui a de bien avec tout ça c'est que ça m'a amené à Casablanca, puisque le film était stocké là-bas.

Enfin une première escapade, enfin sortir un peu de la chaleur de Marrakech et de son ambiance bouillonnante. Je devais travailler lundi alors je suis parti dimanche matin pour pouvoir profiter de la ville.

L'intérieur du train qui m'emmène à Casa est aux couleurs du Brésil... Autour de moi une facette peu reluisante du tourisme au Maroc : un allemand d'environ 50 ans accompagné de deux très jeunes marocaines... Le train traverse des espaces d'une grande désolation : des kilomètres d'immeubles en travaux et de bidonvilles (le prolongement de Marrakech), puis des surfaces arides avec, de temps en temps, un troupeau de mouton.

L'arrivée à Casa est assez étrange. J'ai eu l'impression de débarquer dans une ville rongé par une épidémie, où tous les habitants auraient fuis ! Il faut dire que je suis arrivé un dimanche à l'heure de la sieste, alors...

Il y avait environ 40 minutes de marche jusqu'à mon hôtel mais j'ai décidé de descendre à pied. Je découvre une ville très différentes de Marrakech : on y sent vraiment l'empreinte coloniale à travers les beaux immeubles (aussi bien entretenus qu'à La Havane !) art-déco. Et puis la couleur : autant Marrakech tend vers le rouge, ici c’est vraiment le blanc. Les façades blanchies à la chaux reflètent la lumière du soleil, et pourtant la chaleur a du mal à se faire une place à cause du vent.

L'hôtel Coli se situ dans une vieille demeure, avec une magistrale entrée art- déco. La grande entrée laisse place à un tout petit bureau coincé sous un grand escalier. Un vieux, qui ressemble à un acteur de western à la retraite, me donne la clé de ma chambre, la numéro 1. La chambre sent le renfermé, j'ai l'impression de débarquer dans un endroit pas aéré depuis des lustres... et j'ai aussi la sensation de traverser le temps dans cet hôtel qui doit exister depuis...pfiou...

Après un bon repas dans un restau français, qui lui aussi semblait appartenir à une époque révolue, je suis descendu vers le port en traversant l'ancienne médina. Un enchevêtrement de ruelles, elles aussi très blanches mais cette fois très animées, qui forment un vrai labyrinthe comme toute médina qui se respecte. J'arrive au bord de mer devant la très imposante mosquée Hassan II (la plus mastoque of the world après celle de la Mecque s'il vous plaît) qui force l'admiration par son mélange de grandeur et de finesse. Cette mosquée qui se prend le vent en pleine gueule et qui touche presque la mer, me fait d'emblée penser à notre Major marseillaise...

Sur l'immense esplanade, des amoureux, des familles, des mendiants, un clochard qui titube face au vent qui souffle très très fort. Derrière, les vagues viennent frapper lourdement la corniche qui longe le rivage. Beaucoup de jeunes y sont regroupés, en une masse compacte.

Je prends ensuite un taxi qui m'emmène sur les hauteurs de Casa, dans la nouvelle médina, un quartier très calme, construit autour du Palais Royal (il y a un Palais Royal dans chaque ville). Moins labyrinthique que l'ancienne médina, elle est aussi plus touristique, et je croise d'un coup plein de français, qui flânent à travers les boutiques. Les arcades néo-mauresques relient les différents espaces et donne au lieu un côté très Mille et une nuit.

Lundi j'ai donc travaillé toute la journée dans une boîte de post-production en face de la gare. Je rate de peu le train de 19h et je vais me caler dans un café-snack en attendant le dernier train pour Marrakech.

Casablanca du lundi est une autre que Casablanca du dimanche. La circulation reprend ses droits, les trottoirs se garnissent, et la ville du Maroc où l'on "fait des affaires" reprends ses droits.

A la table voisine de la mienne, un anglais conclue une affaire avec trois marocain. L'anglais finit par payer la note et repart la gueule dépitée et la chemise débraillée, comme après un long combat. Leurs assiettes ne sont pas terminées. Les trois hommes se félicitent en se donnant l'accolade, et l'un deux tapote un gros attaché-case bien garni. Depuis combien de temps ils étaient-là ? Je termine mon assiette et je vais attendre le train à la gare.

Il a beaucoup de retard. Je me mets à lire les "Lettres à Lili Brik" de Maïakovski, et je tombe sur une lettre où il écrit que son bateau pour le Mexique a un mois de retard, alors je relativise !

Le train, toujours aux couleurs du Brésil, même la nuit, est peu garni. Il s'éloigne de cette ville trois fois plus peuplé que Marrakech mais trois fois plus calme aussi !

J'arrive vers 1h du mat dans les rues désertes de Guéliz (je loge pas loin de la gare, c'est désormais inscrit noir sur blanc dans ma vie, une gare n'est jamais loin du lit !). Quand je rentre, Yassin est en train de regarder une émission de variété à la télé. Il loge à l'appartement jusqu'à la fin de son travail, à la fin de la semaine. C'est dommage, il parle pas très bien français du coup la communication n'est pas évidente.

Plus que quelques jours avant de me plonger dans le long-métrage...

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