Anne, Jemma el Fna, dimanche 1er juin

dimanche 18 mai 2008

Vers le Nord

Et voilà le premier montage qui sort de l'ordinateur...(non, je n'irai pas plus loin dans la métaphore de l'acouchement!). Après une succession d'intenses journées à faire tournebouler les séquences les plus revêches, on décide de partir de Marrakech pour aller projeter le film dans la région du réalisateur, tout là-haut au Nord, là où l'Afrique touche presque l'Espagne.

On est donc parti jeudi soir pour un beau petit périple. On a fait une pose nocturne à Casablanca pour parler avec le monteur son, Toufik, qui va prendre mon relais sur le film vers le 10 juin. Quelques bières plus tard, on reprend le train direction une petite gare près de Larache, notre destination. Nous voilà donc au petit matin dans le "fief" de Mohamed. C'est impressionant, il semble connaître la moitié de la ville, on ne fait pas dix métres sans croiser une de ces connaissances !
Je me sens tout de suite bien dans cette belle petite ville blanche qui plonge dans la mer. Je profite du vendredi pour me ballader dans la ville, arpenter son port coloré, descendre les petites ruelles aux couleurs andalouses, mais un peu grecques aussi. Je me rend dans le cimetière chrétien qui surplombe la mer, pour aller voir la tombe de Jean Genet. En retournant vers la place centrale je retrouve Mohamed à la terrasse de son café fétiche, entouré de ces amis. Je me sens vraiment très très loin de Marrakech...Tout est si paisible !
Je fais donc la rencontre de nombreuses personnes, qui ont toutes un jour ou l'autre fait une apparition dans un des films de Mohamed. Il a tourné tous ses films dans la ville et la région. Celui qu'on monte en ce moment se déroule plus à l'Ouest, à Tétouan et Chaouen.
L'après-midi on se rend dans sa belle famille, et je me retrouve enfin, après 5 semaines au Maroc à vivre au vrai rythme d'une famille marocaine. Une maison remplie de toutes les générations de femmes (la femme de Mohamed a beaucoup de soeurs !), toutes très accueillantes. Inutile de vous dire que j'ai bien mangé ici !
Samedi après-midi était organisé une projection de notre version de montage à Tanger. Je suis parti tôt le matin pour a voir le temps de découvrir pleinement cette ville mythique, que j'avais envie d'arpenter depuis si longtemps. Le taxi collectif me dépose dans une ville qui ne me déçois pas. C'est une grande soeur de Larache, blanche qui tombe dans la mer elle aussi, mais plus vaste, plus majestueuse. Je tourne le dos à la nouvelle ville qui semble s'agrandir à la vitesse lumière à coup d'hôtel 5 étoiles, et je longe la plage pour grimper dans la médina... Au détour des petites ruelles, on tombe sur la méditerranée et l'Espagne, qui semble toute proche.

L'après-midi je retrouve Mohamed à la cinémathèque de Tanger. L'endroit, ouvert récement est très très beau et sent bon l'amour du cinéma . Yto Berrada , la directrice du lieu, est une amie de Mohamed, ce qui nous permet de faire cette projection qui réunit une demi douzaine d'amis et de gens de la cinémathèque. Dont Léa, une ancienne de La femis : on est tout surpris de se retrouver là par hasard !
C'est toujours très stressant de présenter une première version de montage...Alors quand ça dure 1h42... Le film est donc là sur le grand écran, avec un nouveau titre, définitif ("Le Temps des camarades", je suis très fier , c'est moi qui l'ai trouvé!)...Evidement je découvre plein de choses dans les raccords...des bonnes surprises mais un gros paquet de mauvaises ! Il y a du pain sur la planche...
Une fois la projo terminée on s'est réuni dans le café de la cinémathèque avec les premiers spectateurs... Les retours sont plutôt bons (notamment de la part de la personne qui a inspiré le scénario). On fait le plein de remarques constructives qui vont nous aider à améliorer le montage. Ensuite on va faire une autre projection du film sur la télé du "frère de cinéma" de Mohamed. Là aussi, de nouvelles idées fusent pour améliorer les parties bancales du film.

Et après, une belle nuit: enfin on fait la fête ! Et la tournée des bars de Tanger, c'est quelque chose. Dans cette capitale des voyageurs, les bars possédent une ambiance chargée de 1000 choses. On se rend notament sur les coups des 2h (je crois...) au Tanger Inn, le bar fétiche de Burroughs (il avait un appartement au-dessus !) qui y emmenait jusqu'à pas d'heure ses camarades Kerouac et autres.Une très très belle nuit donc...Je m'arrête là d'ailleurs, je ne saurais pas comment la décrire !
Le lendemain matin (soir aujourd'hui) on a eu beaucoup de mal à émerger .... Après quelques cafés dans la fraîcheur du dimanche on est rentré à Larache pour le grand couscous familial...Et en ce moment je suis en plein processus de digestion de ce délicieux repas !

Tout à l'heure je prends le train de nuit qui me raménera à Marrakech. Demain je travaillerai sur une nouvelle version de montage qui je mettrai le soir dans ma valise...et mardi matin direction Paris !

lundi 5 mai 2008

Désordres

La peinture de mon immeuble qui change, monter un champ-contre-champ dans une langue inconnue mais qui se faufile dans le corps, découvrir encore de nouveaux palais, boire un coup place Jemma el Fna avec des amis de tout là-bas chez moi, monter au delà d'une heure, un cheval perdu dans une fête foraine, le courrier qui n'arrive pas, l'odeur insupportable des tanneurs, monter au delà d'une heure, manger toujours et encore des pastillas, son regard perdu mais bien à elle, commencer à savoir traverser la rue, parler de dictature avec un Chilien, monter au delà d'une heure trente, plonger dans l'Horreur en lisant "Les Bienveillantes", savoir quand on revient, prendre le soleil, se coucher tôt, sa chevelure en bordel mais bien à elle, rentrer dans les personnages du film, vivre avec eux, les comprendre, penser à Cuba, envie de projets, gérer les choses parisiennes, et essayer d'avancer à peu peu près droit dans tout ça