Anne, Jemma el Fna, dimanche 1er juin

lundi 28 avril 2008

Le film...

Bon ben voilà fini les déambulations et les errances , place au cinéma ! Avant hier j'ai donc commencé à me plonger dans les 7 d'heures d'images du films et à faire plus ample connaissance avec les moults personnages principaux : Moustapha, Saïd, Jamal, Hayat, Halmid et surtout Rahil (ci-dessus), personnage principal qui irradie déjà de sa présence la salle de montage... et qui va peut-être même s'emparer du titre du film !
Jusqu'à vendredi j'ai continué à travailler des sous-titrages pour le producteur, mais j'ai quand même eu un peu de temps pour me ballader dans Marrakech et visiter notamment les tombeaux saadiens et l'imposant palais Badii.
Cette semaine je vais donc choisir les prises avec le réalisateur puis sous titrer toutes les bonnes prises avec une traductrice, pour que je puisse vraiment tout comprendre ! Parce que là, bon je comprends tout ce qui se passe mais les dialogues, euh... comment dire... !!! Ensuite je commencerai à monter seul pour pouvoir avoir une première version de montage dans environ 10 jours.
"Mais pourquoi aussi rapidement pour un film de 1h30 ???!!!" (comme vous pouvez le constater, je suis très excité, la chaleur me monte définitivement à la tête). Parce qu'en fait une grande partie des séquences sont filmées en un seul plan, du coup une fois que la prise est choisie et que l'entrée et la sortie du plan sont déterminées...la séquence est montée. Ce qui fait qu'on va rapidement arriver à une première version film. Et c'est à partir de là que les problèmes se poseront !
J'ai l'impression qu'à partir d'aujourd'hui ce journal de bord va être nettement moins sexy... En effet, à partir de maintenant, je vais quand même passer le plus clair de mon temps dans une salle de montage, donc, à part mes escapades du week-end (plus les nocturnes...) je ne vais pas avoir des choses très passionnantes à vous raconter... Mais je vais bien trouver une combine pour vous raconter plein de choses !

beslama

mardi 22 avril 2008

Casablanca, chambre numéro 1



Le temps s'est encore arrêté à Marrakech... Yassin, mon assistant, a fini samedi de digitaliser et classer tous les sons du films mais nous avons un problème pour rentrer les images dans l'ordinateur, qui ne sera résolu que demain avec l'arrivée d'une station de montage toute neuve... Du coup je pense commencer à vraiment m'y mettre vendredi ou samedi.

La semaine dernière, Fouad, le producteur, m'a trouvé du travail ! Je n'étais pas mécontent de me remettre au turbin. Même si le travail est loin d'être passionnant ça me permet de rétrécir le temps qui me sépare du début du montage. Je me suis donc occupé du sous-titrage en français d'un court-métrage tourné en arabe. Je vous rassure, j'avais une version qu'il m'a fallu améliorer j'ai pas dû tout traduire ! Et ce qui a de bien avec tout ça c'est que ça m'a amené à Casablanca, puisque le film était stocké là-bas.

Enfin une première escapade, enfin sortir un peu de la chaleur de Marrakech et de son ambiance bouillonnante. Je devais travailler lundi alors je suis parti dimanche matin pour pouvoir profiter de la ville.

L'intérieur du train qui m'emmène à Casa est aux couleurs du Brésil... Autour de moi une facette peu reluisante du tourisme au Maroc : un allemand d'environ 50 ans accompagné de deux très jeunes marocaines... Le train traverse des espaces d'une grande désolation : des kilomètres d'immeubles en travaux et de bidonvilles (le prolongement de Marrakech), puis des surfaces arides avec, de temps en temps, un troupeau de mouton.

L'arrivée à Casa est assez étrange. J'ai eu l'impression de débarquer dans une ville rongé par une épidémie, où tous les habitants auraient fuis ! Il faut dire que je suis arrivé un dimanche à l'heure de la sieste, alors...

Il y avait environ 40 minutes de marche jusqu'à mon hôtel mais j'ai décidé de descendre à pied. Je découvre une ville très différentes de Marrakech : on y sent vraiment l'empreinte coloniale à travers les beaux immeubles (aussi bien entretenus qu'à La Havane !) art-déco. Et puis la couleur : autant Marrakech tend vers le rouge, ici c’est vraiment le blanc. Les façades blanchies à la chaux reflètent la lumière du soleil, et pourtant la chaleur a du mal à se faire une place à cause du vent.

L'hôtel Coli se situ dans une vieille demeure, avec une magistrale entrée art- déco. La grande entrée laisse place à un tout petit bureau coincé sous un grand escalier. Un vieux, qui ressemble à un acteur de western à la retraite, me donne la clé de ma chambre, la numéro 1. La chambre sent le renfermé, j'ai l'impression de débarquer dans un endroit pas aéré depuis des lustres... et j'ai aussi la sensation de traverser le temps dans cet hôtel qui doit exister depuis...pfiou...

Après un bon repas dans un restau français, qui lui aussi semblait appartenir à une époque révolue, je suis descendu vers le port en traversant l'ancienne médina. Un enchevêtrement de ruelles, elles aussi très blanches mais cette fois très animées, qui forment un vrai labyrinthe comme toute médina qui se respecte. J'arrive au bord de mer devant la très imposante mosquée Hassan II (la plus mastoque of the world après celle de la Mecque s'il vous plaît) qui force l'admiration par son mélange de grandeur et de finesse. Cette mosquée qui se prend le vent en pleine gueule et qui touche presque la mer, me fait d'emblée penser à notre Major marseillaise...

Sur l'immense esplanade, des amoureux, des familles, des mendiants, un clochard qui titube face au vent qui souffle très très fort. Derrière, les vagues viennent frapper lourdement la corniche qui longe le rivage. Beaucoup de jeunes y sont regroupés, en une masse compacte.

Je prends ensuite un taxi qui m'emmène sur les hauteurs de Casa, dans la nouvelle médina, un quartier très calme, construit autour du Palais Royal (il y a un Palais Royal dans chaque ville). Moins labyrinthique que l'ancienne médina, elle est aussi plus touristique, et je croise d'un coup plein de français, qui flânent à travers les boutiques. Les arcades néo-mauresques relient les différents espaces et donne au lieu un côté très Mille et une nuit.

Lundi j'ai donc travaillé toute la journée dans une boîte de post-production en face de la gare. Je rate de peu le train de 19h et je vais me caler dans un café-snack en attendant le dernier train pour Marrakech.

Casablanca du lundi est une autre que Casablanca du dimanche. La circulation reprend ses droits, les trottoirs se garnissent, et la ville du Maroc où l'on "fait des affaires" reprends ses droits.

A la table voisine de la mienne, un anglais conclue une affaire avec trois marocain. L'anglais finit par payer la note et repart la gueule dépitée et la chemise débraillée, comme après un long combat. Leurs assiettes ne sont pas terminées. Les trois hommes se félicitent en se donnant l'accolade, et l'un deux tapote un gros attaché-case bien garni. Depuis combien de temps ils étaient-là ? Je termine mon assiette et je vais attendre le train à la gare.

Il a beaucoup de retard. Je me mets à lire les "Lettres à Lili Brik" de Maïakovski, et je tombe sur une lettre où il écrit que son bateau pour le Mexique a un mois de retard, alors je relativise !

Le train, toujours aux couleurs du Brésil, même la nuit, est peu garni. Il s'éloigne de cette ville trois fois plus peuplé que Marrakech mais trois fois plus calme aussi !

J'arrive vers 1h du mat dans les rues désertes de Guéliz (je loge pas loin de la gare, c'est désormais inscrit noir sur blanc dans ma vie, une gare n'est jamais loin du lit !). Quand je rentre, Yassin est en train de regarder une émission de variété à la télé. Il loge à l'appartement jusqu'à la fin de son travail, à la fin de la semaine. C'est dommage, il parle pas très bien français du coup la communication n'est pas évidente.

Plus que quelques jours avant de me plonger dans le long-métrage...

mercredi 16 avril 2008

"L'homme pressé est déjà mort"

Et oui c'est un proverbe assez courant ici... Il ne faut pas attendre grand chose du temps pour se sentir vivant.

Des problèmes techniques d'ordinateur (je vous épargne les détails !) nous mettent en stand-by pour l'instant. Donc, rien ne se passe, et je commence à rentrer de plein pieds dans un rythme tropical dans lequel je m'étais déjà bien lové à Cuba !
Mohamed, le réalisateur est arrivé lundi soir à Marrakech. Après trois mois d'échanges rapides sur internet et un an après notre rencontre à Tétouan, on se retrouve enfin. On a donc passé tout le lundi soir a parler du film, et je dois vous avouer que ce n'est qu'à partir de ce moment là que j'ai commencé à me sentir partie prenante de cette ville, et non plus comme un espèce de voyageur imprudent tout seul dans ce grand appartement. En parlant des rushes et de la façon dont ça a été filmé ( peu de prises, beaucoup de plans séquences) on en a déduit à peu près deux mois de montage. Mais pour l'instant on ne sait pas quand on commence !
Ceux qui me connaissent bien savent combien je suis incapable de rien faire... Et bien ici, j'apprends !
Avant son arrivée j'ai continué à arpenter les rues de Marrakech, celles de la nouvelle ville cette fois. Je me suis rendu au très bel Institut français et surtout au Jardin Majorelle, un espèce de paradis sur terre (voir photos sur http://picasaweb.google.com/aurelien.manya/Marrakech02) dans lequel j'ai traîné quasiment toute l'après-midi de dimanche entouré de plantes magnifiques, de maisons bleues, de fontaines rafraîchissantes et ....de plein de touristes français.

Mais j'ai surtout beaucoup lu. "Le métier de vivre" de Cesare Pavese (livre bouleversant mais je pense qu'il faut éviter de le lire tout seul, loin de chez soi) et "L'auberge des pauvres" de Tahar Ben Jelloun. L'histoire d'un écrivain qui habite Marrakech et qui profite d'un voyage à Naples pour enflammer sa vie... Déjà que je lis beaucoup à Paris, alors ici sans télé et sans mille et une tentation par soir !

Dans les prochains jours mon assistant va commencer à digitaliser et synchroniser les rushes sur un autre ordinateur pour qu'on puisse gagner du temps. Quant à moi je vais sûrement travailler sur des petits projets de montage de la boîte de prod en attendant !

hasta luego

samedi 12 avril 2008

Le son de Jemaa el Fna

Le taxi fonce vers le centre de Marrakech. Autour de lui, tous les véhiculent foncent aussi, et du coup ça ressemble à une grande course où tous les coups sont permis ! Un groupe de femme discute à même la route, de luxueux hôtels se cachent derrière de fausses murailles, des gens tentent de traverser la route. Au loin j'aperçois des minarets illuminés. C’est fou comme une ville paraît prude lorsqu’on s’y introduit de nuit. J’essaie d’imaginer tant bien que mal ce qu’elle me donnera la journée.

On arrive dans le quartier du Guéliz, la nouvelle ville. C’est là que je vais vivre pendant…euh…je ne sais pas encore ! Un assistant de la boîte de production m’accompagne à mon appartement au deuxième étage d’un immeuble. La première chose qui me frappe est le salon : il est immense et très bien aménagé. Sur le côté une immense télé. Dans le frigo, rien a manger mais une cinquantaine de bières !

Je n’arrive pas à me faire à l’idée que cet endroit va être « mon chez moi »… Les choses viendront avec le temps, le temps de s’installer, le temps de s’acclimater, le temps de s’émerveiller, et beaucoup d’autre temps. Allez, ça commence maintenant !

Le son de Jemaa el Fna

Mon premier jour se lève sur Guéliz. Il fait un temps printanier, loin de la chaleur torride imaginé. Tant mieux pour la transition ! Je me rends à Dreamaker, la maison de production où je vais monter le film. Pour m’y rendre j’ai juste à traverser la rue. Ça va vraiment être mon quartier ! Je rencontre Fouad, un des producteurs du film, et on commence à parler de l’avancement du film… qui n’est pas très avancé. En gros je ne risque pas de commencer à monter avant au moins deux semaines. Du coup je vais profiter de ce temps là pour visiter et prendre du bon temps.

J’arpente la grande avenue Mohammed V qui relie Guéliz à la Médina, le vieux Marrakech, entouré de murailles (des vrais cette fois !). Le quartier Guéliz aspire vraiment à l’occidentalisation : magasin Zara, Yves Rocher, Mc Do, etc ! Ma première surprise vient contredire beaucoup de choses lues et entendues : sur toutes les femmes que je croise, très peu sont voilées. Au fur et à mesure que je descends l’avenue, un Marrakech plus populaire se fait sentir. Et là, j’ai vraiment l’impression de retrouver le Maroc entraperçu il y a presque un an jour pour jour à Tétouan (je m’étais rendu quatre jours au Festival du cinéma méditerranéen avec le film « La Traversée », et c’est à cette occasion que j’ai rencontré Mohammed, le réalisateur avec qui je vais travailler).

Il y a vraiment beaucoup de touristes. Je me dis que tant que j’ai pas commencé à travailler, ben moi aussi j’en suis un ! Je traverse la grande place Jemaa el Fna, et je constate qu’elle est vraiment à la hauteur de sa réputation. C’est un endroit fantastique : des marchands de partout, des flux humain qui semblent glisser sans aucune logique de parts et d’autre de l’endroit, des musiciens, des vendeurs de tout et n’importe quoi, des dresseurs de serpents, des fumées qui s’élèvent. Je vais me poser sur une terrasse d’un café qui surplombe la place et là je me laisse bercer par ce son incroyable, alchimie entre les tambours et les flûtes, les cris des marchands et les pots d’échappement des scooters, les musiques des ghettos-blasters et les rires des jeunes filles.

Je vais ensuite m’enfoncer et me perdre dans les souks. Ces ruelles étroites bondées de marchands aspire littéralement celui qui y entre. On a l’impression d’avancer tout seul, porter par une grande énergie.

A la tombée de la nuit, je rentre fourbu, avec déjà des grandes choses dans la tête. Après une bonne pastilla au poulet à la terrasse d’un restaurant, je rentre à l’appartement tandis que plein de jeunes descendent des scooters et afflux vers les nombreux endroits branchés du quartier. La nuit va être chaude et longue pour eux. J’ai hâte de vivre moi aussi ces nuits là.

mercredi 9 avril 2008

Un bordel de bagages, une grande excitation, de la fatigue, l'esprit qui tourne comme une essoreuse...je pars ce jeudi 10 avril à Marrakech. Un seul billet en poche, un billet simple.... ça fait drôle !
Pour ceux qui ne seraient pas encore au courant, je vais monter le premier long-métrage de Mohamed Chriftribak, "Entre parenthèses".
J'essaierai d'écrire ici le plus souvent possible...
Pour l'instant je retourne me plonger dans les valises !

Hasta luego